01.12.2008
Le mec Marchant

Les Enfants de Stonewall - Les Affinités électives - Geneviève Pastre / Bruno Bisaro
Radio Libertaire 89.4
Emission mensuelle (2ème jeudi du mois - 19h30/20h30)
Jérôme Marchant fut l'invité de notre émission du mois de novembre. Instituteur, écrivain (il a coécrit un guide pratique avec Philippe Nadeau : trouver un mec en dix leçons, éditions : textes gays), il anime également son propre blog d'une rare qualité littéraire (voir ci-dessous). Il est cofondateur d'une association "les amis de Jean Louis Bory" dont le but est de favoriser la transmission de la mémoire et de l'histoire homosexuelle chez les jeunes générations (nous inviterons les membres de cette association dans une prochaine émission). Il a fait partie de différentes organisations Act Up, "les soeurs de l'éternelle indulgence", l'une des associations les plus actives dans la lutte contre le VIH dans la capitale et les quartiers à haut risque... Homme pluridimensionnel, parfois insaisissable, il est également fan de rock progressif : il est rédacteur sur le webzine : http://www.progressia.net
"TROUVER UN MEC"
C’est un roman d’amour. Un roman d’amour inachevé.
Un roman sur le deuil (celui d’une relation et de toutes ces choses qui crèvent en nous et à l’extérieur de nous).
Un roman sur la possibilité d’une rencontre. Comme une promesse adressée à l’autre (l’autre n’est pas seulement un mec, c’est aussi un regard, une ville tout entière, le quartier d’une ville, une station de métro, un jardin en suspension).
Dans cette volonté d’écrire ce qu’on aurait aimé lire soi-même un jour, il y a le refus de l’épanchement littéraire. C’est également l’élaboration d’un processus narratif audacieux et inédit (le roman n’existe pas encore même s’il a toujours existé) qui permet de tenir le lecteur en haleine mais aussi à une certaine distance.
Le «je » n’est pas celui de l’autofiction ni celui de l’autosatisfaction. Le « je » est ici sujet universel.
Le mec Marchant nous pose des questions plus qu'il ne s’en pose à lui-même (ici le regard de l’homme éconduit, là le désert des lieux habités, ailleurs le « rater c’est réussir » de Francois Truffaut). C’est un héros entier, plus qu’anti, aimant plus qu’amant, prêcheur et vagabond, joyeux, pudique et valeureux contre l’indifférence du monde et le vacarme général.
Le doute s’installe parfois entre lui et lui, entre lui et cet autre, entre lui et nous. C’est un manque soudain d’inspiration amoureuse, peut-être la nostalgie des cortèges inutiles, cette défaillance dont parle Pasolini et qui peut donner l’envie de mourir…
«Trouver un mec » est une fenêtre ouverte sur la douceur de vivre seul ou de ne pas vivre seul.
Une œuvre intelligente, sensible, profonde.
D’une infinie tendresse.
Bruno Bisaro
Trouver Jérôme Marchant sur http://www.trouverunmec.net
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24.11.2008
Philippe Ariño : le poète manqué

Les Enfants de stonewall-Les affinités électives - Geneviève Pastre - Bruno Bisaro
Radio Libertaire 89.4
Emission mensuelle (2ème jeudi du mois - 19h30/20h30)
Viennent de paraître aux éditions de L’harmattan, les ouvrages suivants de Philippe Ariño (que nous avions invité dans notre émission il y a quelques mois) :
Homosexualité intime
Le couple homosexuel par-delà le bien et le mal
280 pages, 27 euros
Homosexualité sociale
Le couple homosexuel par-delà le bien et le mal
206 pages, 20 euros
Dictionnaire des codes homosexuels (I) et (II)
354 pages, 32,5 euros
340 pages, 32 euros
Site de l’auteur : http://www.araigneedudesert.com
« Seconde lecture » :
Il y a dans le livre de Philippe Ariño des propos qui m’attristent profondément, aussi indigestes que ceux de l’intouchable Christian Vanneste (inutile de les reproduire ici).
Personne ne peut le contester : Ariño est un personnage hors du commun, hors du temps, passionné par son sujet. C’est également un personnage tout à fait banal, voire bancal, curieusement installé dans son époque (qui ne l’est pas ?) et terriblement contrarié.
Son livre ne lui ressemble pas. Ariño n’est pas son livre.
Sur le plan littéraire comme sur d’autres plans (intellectuel, moral, philosophique, politique), son essai en deux pavés distincts (Homosexualité intime, homosexualité sociale) ne vaut rien ou pas grand-chose. L’intérêt du livre est ailleurs, dans ce qu’il pourrait être et dans ce qu’il n’est pas : le tout pourrait reposer effectivement sur un poids plume.
Ariño peut bien répéter ce qu’il veut ou ce qu’il croit être, le répéter sans cesse et inlassablement, « sur son lit de mort », comme il veut, si ça lui chante, en disciple du Christ ou en martyr de la révolution, peu importe, son livre est un mauvais livre, inlassablement stupide, inlassablement mauvais, brouillon, sentencieux, noir comme la nuit la plus noire de l’Inquisition ou comme de la poudre aux yeux. Le « dictionnaire de l’homophobie » (qui suit l’essai en deux autres volumes), truffé d’inexactitudes, d’interprétations trompeuses, d’arguments fallacieux, de contrevérités et de contresens, devrait séduire le lecteur "averti" : immature, régressif (et répressif) et purement réactionnaire comme son auteur (ou le lecteur en première lecture d’un Machin Chose ou d’un Saint Truc).
Ariño est beau lorsqu’il parle et lorsqu’il se tait. Lorsqu’il « s’essaye », la révolution dont il rêve et qu’il semble attendre de pied ferme n’est plus qu’une vieille tringle dans la mare (aux cocottes). Son désert s’étire et s’intensifie en un millier de pages malhonnêtes, en un millier de références à qui l’on fait dire n’importe quoi et qui éclaboussent comme un pur massacre ou un suicide collectif. Certains y verront peut-être l’œuvre originale d’un penseur de droite qui rêverait de se voir prophète sur l’autre rive. Passons…
L’araignée tisse sa toile comme un poète qui s’ignore ou un intégriste. Depuis la nuit des temps, l’araignée opère ainsi. Prisonnière d’elle-même, elle s’étouffe elle-même. Avec ou sans pourvoi en cassation. Un jour viendra peut-être et elle se rêvera papillon. Un jour, c’est certain…
Philippe Ariño est un poète manqué et il manque ici de nous ouvrir les yeux.
Bruno Bisaro
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