09.10.2009

Faux procès en communautarisme

 

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Le communautarisme est un mal perpétuel. Nous appelons communautarisme la dégénérescence du sentiment d’appartenance à une communauté (réelle ou symbolique) qui, au nom de cette communauté (ou de l’idéal communautaire), nous conduit à agir dans la négation ou dans le renoncement d’une partie ou de la totalité de nous-mêmes (négation de ce qui nous caractérisait jusqu’alors et qui constituait notre identité personnelle). L’individu renonce peu à peu à son intégrité, à ses valeurs, à son histoire, à ses aspirations profondes, à ses droits fondamentaux pourvu que puisse perdurer en lui et à l’extérieur de lui l’idée qu’il se fait de lui et de ses semblables non identiques. L’intégriste s’imagine au centre du monde alors qu’il n’est qu’à la marge d’un système de pensées et d’actions totalitaire (le totalitarisme étant pour nous une donnée qui peut être entendue à la fois de manière absolue et relativement : certains modes de pensée et certaines actions peuvent nous sembler totalitaires et ne le sont pas sur le plan de la morale universelle ; d’autres au contraire que nous acceptons sans broncher et sans sourciller portent définitivement atteinte à la dignité humaine). L’intégriste n’a qu’un seul discours en tête, celui de sa communauté, qu’une parole en bouche, qu’une seule idéologie à défendre (qui peut être la combinaison de plusieurs idéologies dans une globalité qui a l’apparence du cohérent). Attaquez sa communauté, c’est lui-même que vous attaquez, intimement convaincu qu’il est d’en être le cœur. L’intégrisme est une notion plurielle. Parlons donc ici des intégrismes et des communautarismes. Le communautarisme est la perpétuation du banal parmi les membres d’une même communauté. Le communautarisme gay et lesbien est donc par extension la perpétuation du banal parmi les membres de la communauté homosexuelle d’aujourd’hui. (Posons ici comme hypothèse de travail que la communauté gay et lesbienne existe véritablement. Et de fait, elle existe puisqu’elle existe ne serait-ce que « symboliquement »…)

 

 

Mais avant de poursuivre, donnons deux exemples de communautarisme qui ont profondément marqué notre histoire contemporaine, à savoir le nationalisme et l’individualisme. Nous traiterons du fascisme et de l’intégrisme religieux un peu plus loin dans un paragraphe intitulé (les communautés intrinsèquement communautaristes).

 

 

 

Le nationalisme

 

Le nationalisme n’est rien d’autre que l’altération du sentiment patriotique. Dans le culte exacerbé et dégénéré qu’ils vouent aux pères de la nation, les fils de la nation décident de se sacrifier eux-mêmes en nombre. Ainsi dans l’absence de mémoire (amnésie collective, lorsque les fils oublient que les pères furent aussi des fils un jour) et dans le manque d’imagination (mort de l’idéal commun dans l’incapacité qu’ont les fils de s’imaginer pères à leur tour) triomphe le nationalisme. Le nationalisme est l’état achevé de la nation archaïque. Une sorte d’idéal de perfection... Après la mort des pères et des fils, apparaît sur la scène d’un théâtre antique ou du XXIème siècle, l’ombre d’une femme en pleurs pleurant sur une nation en pleurs. Nation veuve ou orpheline. Le metteur en scène du théâtre moderne (absurde et surréaliste) s'écrie : « cette ombre est déjà à elle seule une promesse de bonheur ! ».

 

La nation (moderne) : Me voilà enfin débarrassée d’eux !

 

Le peuple (dans la modernité) : La nation modernise !

 

La nation s’exécute.

 

 

 

L’individualisme

 

L’individualisme est un communautarisme comme un autre. Appelons-le ici particularisme communautaire. L’individu renonce à lui-même au nom du sentiment qu’il a de n’appartenir qu’à lui-même (sentiment, idée, posture, imposture, peu importe…) L’universel n’est pour lui (pour cet intégriste singulier) qu’un univers restreint, espace géographique prisonnier de sa carcasse et du souffle de sa carcasse, vase clos à durée de vie limitée comme tous les vases ouverts ou fermés… Dans sa haine des communautés quelles qu’elles soient, dans sa peur viscérale (atrabilaire) de rencontrer parmi les membres de l'une d’entre elles un autre lui-même, un semblable presque identique, orgueilleux comme lui, refoulé comme lui, planqué, si vous voulez et condamné comme lui à mourir idiot, notre homme brasse de l’air et croit que son sang ne fait qu’un tour... Faut-il le craindre ou qu’on ait à ce point pitié de lui, on lui offre un jour de rentrer dans un cercle, un jour, une nuit... je vous parie qu’il deviendra le pire de tous, le pire du dit cercle, celui des écrivains ratés par exemple (qui ne connaissent de la littérature que ce que l’on en dit jamais rien de ce que l’on en lit...) il deviendra le plus partial, le plus infâme, le pire des tapinois, la pire des tapettes, LUI : l'encarté, le plus corrompu des critiques littéraires du cercle en question... Au moins Alceste sera-t-il sorti de l’individualisme et du particularisme communautaire ! Mais poursuivons...

 

 

 

Intégrisme absolu, intégrisme relatif

 

Parmi les communautés que nous connaissons aujourd’hui et que nous avons connues par le passé, il y a celles que nous pourrions qualifier d’intrinsèquement communautaristes (celles qui ne peuvent perdurer que dans l’aliénation des membres qui en font partie) et les communautés extrinsèquement communautaristes (ou communautaristes par accident).  Une communauté peut se sentir menacée par la liberté de chacun de ses  membres ou par l’un de ses membres (la minorité est avant tout une exception) sans pour autant être considérée comme communautariste. Autrement dit, nous ne pouvons envisager l’émergence du communautarisme ni le caractère supposé communautariste d’une communauté que sur le seul plan de la liberté individuelle (c’est-à-dire à la lumière d'une conception partielle et partialle de la liberté, dissociée de l'idée de responsabilité).

 

Dans la limite du cercle communautaire ou plutôt du « disque communautaire », la liberté de l’individu est sans limite. La liberté de l’un commence quand commence celle de l’autre et ne s’arrête pour ainsi dire jamais... Le disque est en mouvement et chaque point du disque est un élément de cet équilibre dynamique. Chaque point dessine autour du noyau central un cercle particulier et les cercles concentriques dans leur particularisme, dans cet apprentissage de la liberté des individus qui gravitent autour d’un centre (ils n’auront de cesse de se situer par rapport à ce centre même s’ils s’imaginent « ponctuellement » avancer le long d’un chemin sinueux ou d’une route qu’il trace et dont il revendique la trace, ils se sentiront toujours menacés d’exclusion ou d’expulsion voire d’ excommunication dans leur propre révolution et porteront à eux seuls la responsabilité du mouvement perpétuel) tous ces cercles formeront le regard de l’inquisition ou l’idéal démocratique. C'est selon.

 

Nous dirons simplement que quel que soit notre sentiment d’appartenance à telle ou telle communauté, nous sommes devenus des intégristes au moment où notre désir d’émancipation a cessé d’exister en nous-mêmes et pour nous-mêmes. De cela, nous sommes entièrement responsables, individuellement et collectivement c’est-à-dire à l’égard de nous-mêmes et à l’égard de l’autre.

 

 

Dans les communautés intrinsèquement communautaristes, la liberté des individus est nécessairement impossible ou impensable (il ne peut en être autrement). Dans les communautés extrinsèquement communautaristes, cette liberté est nulle de manière contingente c’est-à-dire qu’elle est devenue ou redevenue hors sujet (ce qui signifie dès lors qu’il pourrait en être autrement). La sphère communautaire est alors comparable à cet astre qui aurait décidé un jour de cesser de vouloir tourner sur lui-même et dont je vous parlerai un jour, une nuit peut-être, ailleurs que dans ces lignes…

 

 

 

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Les communautés intrinsèquement communautaristes

 

 

Les communautés fascistes et néo-fascistes

 

Parmi les communautés intrinsèquement communautaristes figurent pour nous toutes les nations gouvernées par des régimes totalitaires, les sectes en tout genre, les groupes fascistes et néofascistes (peu importe pour nous qu’ils s’inspirent ou non de l’idéologie fasciste), les groupes terroristes, ceux qui les financent, les groupes financiers, certaines entreprises et groupes industriels qui dans leur course effrénée vers toujours plus de profit ont atteint un tel degré de développement et de « sur-développement » qu’il leur est désormais impossible de continuer à prospérer sans l’asservissement total de centaines de millions d’individus ; le désastre économique et social de ces dernières années, spirale « dés-humanitaire », s’est produit et propagé par la disparition des biens de première nécessité au profit des biens que l'on pourrait qualifier de première contingence (ou d’inutilité courante ou encore de première non nécessité absolue) sur lesquels repose désormais l'ensemble de notre économie c’est-à-dire que ce désastre s’est produit et propagé par l’asservissement général et par les innombrables crédits donnés et souscrits à l’asservissement général. L’échec de la social-démocratie en France et en Europe et de l’altermondialisme (seules tentatives politiques crédibles de sortir réellement du cycle déshumanitaire au cours de ces dernières années) a fait de nous (que nous soyons capitalistes ou « anticapitalistes » d'ailleurs) des intégristes de marché (ou du marché). L’individu renonce à ses besoins d’accomplissement quand bien même ses besoins physiologiques, de sécurité et d’appartenance sont satisfaits. Le discours écologique tel qu’il est formulé aujourd’hui n’est plus qu’un intégrisme de marché et participe ainsi entièrement du processus déshumanitaire et fascisant.

 

 

 

Le communautarisme religieux

 

Quant aux communautés religieuses, quelles qu’elles soient, elles appartiennent toutes sans exception aux communautés intrinsèquement communautaristes. Elles sont pour nous nécessairement intégristes. Nous ne remettons pas en cause l’épanouissement de l’individu dans sa croyance en un dieu immanent ou transcendant. Nous pensons simplement que les religions sont nées d'une conception archaïque de la nation et de l’état et ont perduré dans cette conception archaïque de la nation et de l’état : l’individu se retrouve aliéné (piégé) par la raison d’état : défendre la nation signifiant toujours pour lui défendre un territoire contre un ennemi réel ou supposé qui vient de l’extérieur. Les hommes partent au combat, les femmes restent au bercail (maison paternelle) pour s’occuper de leur progéniture (du latin, « progenies », race, lignée). Même dans les pays comme le nôtre où l’état a cessé d'être religieux, les communautés religieuses, revendiquent toutes sans exception un retour à la nation archaïque : défense d’une conception traditionnaliste de la famille (datant des guerres archaïques),  condamnation de la contraception et de l’avortement dans l’intérêt de la nation archaïque, interdiction des plaisirs non nécessaires à la nation archaïque, célébration de fêtes religieuses (ou païennes) à la gloire de la nation archaïque, glorification de la femme archaïque, culte du héros archaïque mort pour la patrie archaïque, rejet de la modernité et des lumières au nom de l’idéal archaïque… On comprend aisément que les intégristes religieux (soutenus par les partis xénophobes de la droite nationaliste et communautariste) aient toujours craint l’avènement d’une Europe politique : l’Europe symbolise en effet le triomphe de la nation moderne sur la nation archaïque (comme le souhaitaient ses pères fondateurs après la victoire sur le nazisme et sur les puissances de l’Axe)...

 

Toutes les communautés religieuses (et notamment les religions du livre) ont pour vocation le retour à la nation archaïque et aux guerres archaïques. Ce refus de la modernité vient du fait qu’elles ont en partie perdu de leur puissance et qu’elles en ont gardé en quelque sorte la nostalgie. Les trois grandes religions sont responsables à bien des égards de la perte de conscience spirituelle de l’humanité dans le culte spectaculaire qu’elles vouent depuis plusieurs siècles à leur puissance passée, occulte ou non. Elles se sont condamnées elles-mêmes à l’obscurantisme total transformant peu à peu le fidèle en simple croyant, l’homme de foi en hérétique dénué de sens commun et d’esprit critique, le berger endimanché, sabbatique ou druidique en guerrier sanguinaire et en compagnon d’armes. La femme islamique, qui fut sensuelle un jour, pour elle-même et pour l’humanité, merveille du monde, merveille des mondes dans un Islam éclairé, n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même, voilée comme une idiote, dévouée à son idiot de mari, à ses mioches idiots, à son dieu idiot et possessif, tous islamiques, la femme islamique que je montre du doigt ici et que je prends pour cible : esclave, femme non émancipée et qui le fut jadis, condamnée aujourd’hui par les siens au mieux à la raillerie, au pire à la lapidation. Nous écrivons ici islamique et non islamiste tant il est vrai que pour nous, la distinction entre islamique et islamiste n’a aucun sens, aucune raison d’être absolument et de manière relative dans le siècle qui est le nôtre et qui n’est pas un siècle d’érudits, dans un pays qui est le nôtre, pour lequel les représentants archaïques de la nation moderne légifèrent et tentent légifération, sur la burqa notamment que portent quelques deux mille femmes musulmanes de la nation moderne mais au nom justement de la nation archaïque ! L’islamique est un intégriste en puissance, comme le juif, comme le chrétien, comme l’athée ou l’athéiste, comme le nationaliste, comme le communiste (les communistes ayant échoué après la chute du mur de Berlin en France et en Europe à reformuler le projet communiste autour de l’individu et de ce qui le caractérise réellement). Tous sont des intégristes absolus et non pas seulement relativement.

 

 

 

 

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L'exemple de la communauté L. G. B. T.

 

 

La communauté gay et lesbienne est extrinsèquement communautariste comme peut l’être toute communauté du monde libre. Elle est extrinsèquement communautariste comme sont extrinsèquement communautaristes la nation moderne (en lutte perpétuelle contre la nation archaïque), l’Europe (en lutte perpétuelle contre la barbarie ancestrale, fasciste ou de marché) et de façon générale l’ensemble des communautés qui tout simplement se revendiquent du laïc qu’il soit moderne (anticlérical) ou archaïque (laïciste). Ainsi, le secours catholique (populaire) n’est communautariste que dans les rapports qu’il entretient avec l’église catholique (« l’église populaire ») ! De même, la communauté gay et lesbienne n’est communautariste que comme partie intégrante d’une société ou d’une communauté d’intérêt général qui dans son ensemble a renoncé à l’idée de progrès  ainsi qu’à l’idéal universel (héritage des lumières et des luttes anticléricales du début du siècle dernier) et qui semble avoir accepté le processus de déshumanisation défini précédemment comme destin commun ou destinée collective.

 

Cela ne signifie pas que ce communautarisme latent ou apparent (le communautarisme L.G.B.T. ) soit moins virulent ou moins néfaste pour l’individu (homosexuel ou non) que les autres formes de communautarisme (bien au contraire). Cela signifie simplement que parmi toutes les critiques qui sont formulées à l’encontre de la communauté homosexuelle (et qui pourraient être légitimes : misogynie, misonéisme, particularisme…), aucune ne provient en réalité du monde libre mais d’un monde pré-libre ou redevenu pré-libre. Ces critiques (ou procès en communautarisme) ne sont plus formulées par des chefs traditionnels ou religieux (on les entend encore bien évidemment ces vieilles badernes mais on ne les écoute plus) mais par tout un peuple redevenu traditionnaliste et intégriste qui les reprend à son compte et qui les répand comme du venin, comme des cantiques ou comme un nouveau chant des partisans à l'attention de tous les semblables non identiques.

 

Les critiques de l’homosexualité comme « déviance  bourgeoise » (notion chère aux marxistes des années 70 même s’ils y ont renoncé depuis sans renoncer pour autant à leur perversité ancestrale dans leur rapport à la chose publique) ou comme participant de la culture de la mort (notion chère aux intransigeants catholiques non pas depuis toujours mais bien surtout depuis l’apparition du virus du sida) refont surface aujourd’hui...

 

On associe aisément l’individu gay à la marque du T-shirt et du sac qu’il porte en bandoulière dans le métro parisien (ciel, comme si tous les gays étaient à ce point soucieux de leur image, comme s’ils n’étaient pas concurrencé sur ce point par l’ensemble des autres points du cercle ou du disque, par l'ensemble des individus des communautés extrinsèquement communautaristes quant à l’acte d’achat de produits de première contingence, véritable déviance à caractère bourgeois !). On associe l’individu à la marque et la marque à l’individu. Puis on poursuit en évoquant par exemple l’Europe hitlérienne. Ciel, de nouveau. On associe l’individu à la marque et la marque à l’individu comme on associait jadis, à l'époque du nazisme, le juif à l’étoile jaune et l’étoile jaune au juif, l’homosexuel, le pédophile, le pervers sexuel au triangle rose et le triangle rose à l’homosexuel, au pédophile et au pervers sexuel… Pour conclure, dans la banalité : l’acte d’achat d’un sac à main ou d’un vêtement de marque commis par un individu  gay fait de lui, fait de moi, de cet individu en question, gay, libre aujourd’hui et il ne peut le contester ici, cet achat fait de lui aujourd’hui un nostalgique de l’inquisition, de l’oppression, de l’extermination ! Voilà comment dans la banalité d’une conversation que nous venons de retranscrire partiellement, à propos d’un T-shirt et d’un sac totalement banals, nous autres, homosexuels, semblables non identiques, sommes redevenus des intégristes de la pire espèce ! Nous sommes tous nostalgiques et nous nous rêvons tous résistants ! Ces procès en communautarisme, faux procès, sont en réalité les procès d’autres communautarismes, ceux que nous évoquions précédemment. Nous autres homosexuels, tournons la page et réjouissons nous que le temps de la chasse aux sorcières et de l’oppression soit révolu, réjouissons-nous que ce temps appartienne définitivement au passé et au temps de la nation archaïque !

 

Quant à la culture de la mort… Laissons la grandir encore dans nos revendications pour le mariage et pour l’adoption, ici même dans notre combat pour l’égalité. Nous voulons la mort de la famille traditionnelle (nous en sommes les témoins depuis quarante ans et nous purgeons notre peine !) comme la racaille veut la mort de la république (ils en sont les témoins depuis quarante ans et ils purgent leur peine!). Toute la racaille de la république au nom de l’égalité (réelle et non de l’égalitarisme c’est-à-dire au nom de la lutte contre le laïcisme républicain, religion d’état et dont la discrimination positive en est la composante la plus pernicieuse et la plus violente) toute cette racaille marchera de nouveau main dans la main, nécessairement, les doigts entrelacés par nécessité, la tête haute, l’esprit libre, débarrassé de toute forme de contingence matérielle et immatérielle, vers de nouvelles Bastilles ! Vers la modernité.

 

Souvenons-nous des paroles de Geneviève Pastre répondant sur une chaîne de télévision à un interlocuteur qui lui faisait il y a quelques années quelques reproches non pas sur sa tenue vestimentaire (irréprochable) ni sur la qualité de son bagage intellectuel (jamais en bandoulière) mais sur la cause qu'elle défendait, qui lui intentait publiquement (sur une chaîne publique) un procès en communautarisme (de mémoire) : « Quel ghetto, Monsieur ? Un ghetto gay et lesbien ? Arrêtez avec ça, Monsieur. Moi, je ne vous parle pas du ghetto hétérosexuel, Monsieur. Vous nous parlez toujours de la même façon, Monsieur. Vous vous habillez toujours de la même façon, Monsieur. Vous faîtes l’amour toujours de la même façon, Monsieur. Vous ne pouvez pas dire le contraire, Monsieur. Vous nous donnez des leçons, Monsieur. Toujours les mêmes leçons. Vous êtes la preuve vivante qu'il existe un ghetto hétérosexuel. Il existe un ghetto hétérosexuel, Monsieur. Comme il existe un ghetto homosexuel, Monsieur. Enfin, je suppose... Parfaitement : je suppose... Il existe un ghetto hétérosexuel. Mais moi, je n’en fais pas toute une histoire. Je m’en fous carrément, Monsieur. »

 

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L’individu homosexuel est victime comme tout un chacun d’une société qui se radicalise, se ghettoïse, « s’intégrise ». Comme tout un chacun, il est victime du nationalisme, de l’intégrisme religieux, de la crise économique, sociale et humanitaire. Comme tout un chacun, il est victime de la perpétuation du banal. Victime de tout cela, il en est également le faiseur. Comme tout un chacun. Victime et faiseur. Ni plus, ni moins. A l’instar de bon nombre de communautés libres ou extrinsèquement communautaristes, la communauté à laquelle il appartient, la communauté L. G. B. T., apparaît aujourd’hui sous bien des aspects comme une simple caricature d’elle-même.

 

Nous acceptons cette caricature. Nous l’acceptons pleinement. Entièrement. Intégralement. En bronchant. En sourcillant. Nous l’acceptons avec humour. Si nous perdions notre sens de l’humour, un jour, une heure, une seconde, nous deviendrions nous aussi des ayatollahs ou des jésuites. Le communautarisme gay et lesbien existe bel et bien et c’est un moindre mal… Cette acceptation ne suffit pas à faire de nous des résistants. Elle est seulement nécessaire comme est nécessaire pour nous l'espoir que cessent ici et dans le monde, définitivement, les crimes perpétrés par la nation archaïque.

 

19.07.2009

Le Manifeste du Monde Libre

Le Manifeste du Monde Libre / Bruno Bisaro

Manifeste en faveur de la création d'un parti européen gay et lesbien

Notes préliminaires, Spilimbergo, Italie du Nord, 19 juillet 2009

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1- Après l'oppression

La lutte contre les discriminations (et contre toutes les formes de discrimination) est un combat permanent et de tous les instants. Notre combat est aujourd'hui politique. Je ne dis pas qu'il ne l'était pas auparavant, à d'autres époques, du temps de l'oppression, mais ce combat ne pouvait revêtir alors de caractère politique que pour l'oppresseur jamais pour l'oppressé.

Notre droit de cité et notre droit d'appartenir à l'histoire (l'histoire du monde libre) étaient tributaires de notre faculté de nous accommoder du silence forcé et de la discrétion et de notre sens du sacrifice, celui de certains de nos idéaux au nom d'un idéal commun (républicain, monarchique, impérial...). Cela supposait que nous ayions dans notre quotidien, à chaque heure du jour et de la nuit, moins le souci de la vérité que celui du vraissemblable, que nous puissions trouver des protecteurs en haut lieu et surtout que nous soyions des hommes (et non des femmes) etc... etc...

Notre combat est aujourd'hui politique parce qu'il nous serait désormais possible de voter comme tout un chacun (comme des oppresseurs du monde libre) c'est-à-dire aussi de manière utile et par vengeance : POUR NOUS MEMES ET SEULEMENT POUR NOUS MEMES !

Politique également parce que notre idéal a justement cessé d'exister comme idéal. Il a cessé d'exister dans la bouche du poète et dans la bouche du prophète comme si nous avions perdu la meilleure partie de nous-mêmes.

Oppressés, opprimés que nous étions (mais encore de manière inégale selon les pays, selon notre origine sociale, notre genre...), nous sommes devenus des oppresseurs. Nous sommes devenus de véritables citoyens et non plus seulement des "citoyens modèles", des purs produits de l'histoire (en ce sens, à notre tour, nous sommes condamnés à servir d'exemples aux générations futures), nous sommes devenus brusquement, en quelques années, l'archétype du nouvel Occident.

2- Vivre

Vivre pleinement ce que nous sommes et ce que nous étions, ce que nous revions de vivre dans notre ignorance (et non dans notre innocence) et dans la culture des ouvrages mis à l'index, ce que nous nous refusions de vivre, par habitude et pour ne pas perdre notre dignité (même celle de l'interlope), ce que nous nous refusions de vie et de rêve, depuis la nuit des temps, dans la nuit des temps ordinaires...

Le rêve est toujours une réalité pour l'opprimé, rarement pour l'oppresseur. Il existera toujours un theâtre de l'opprimé... etc... etc...

Le rêve est une réalité comme une autre, majeure, pleine et entière, comme la lumière de la traversée...

(comme la lumière dans la nuit la plus noire, nuit de l'inquisition, nuit de l'instinct et du devoir accompli, nuit des interdits majeurs et de tous les interdits, nuit des interdits de la majorité)

... et les silences d'une nuit de cristal ! etc... etc...

 

3- La marche des fiertés, Paris, 2009

La marche des fiertés n'est pas seulement une démonstration du monde libre, démonstration occidentale...

C'est avant tout une marche intérieure, une démarche présocratique, le cheminement d'aspirations profondes, ancestrales, antérieures au monde libre...

Dans ce rituel, ce qui fait sens et ce qui fait corps résident comme dans le silence de toutes les marches de commémoration, dans ce que le marcheur garde en lui et à l'intérieur de lui, au plus profond de lui-même... Intacts comme la pudeur d'Octave ou d'Octavie, sa peur de mourir et son envie de vivre !

Le marcheur du centre-ville cotoie le marcheur des banlieues, des faubourgs et des campagnes, le marcheur de la capitale, ceux venus d'autres capitales et des villes de province.

Chemin de croix, route vers Rome, vers Damas, vers Constantinople, appelez cela comme vous voudrez !

Le visage du marcheur est comme la transfiguration du Christ citoyen d'Athènes. Sa main a frolé la mienne.

LES FIERTES SONT INCIVILES ET NON BARBARES !

 

4- Les réflexes

Notre condition récente d'oppresseur nous apporte certains avantages considérables sur l'oppresseur ancien totalement dépourvu d'humanité et que l'ennui habite (ainsi que la peur de perdre ses privilèges, privilèges liés à son statut plutot qu'à son rang et à son ancienneté)...

Cependant, dans la plupart des cas, notre premier réflexe est de disparaître.

Le premier réflexe de l'oppresseur récent (ou de celui qui se découvre brusquement oppresseur dans un monde libre) est de se faire le plus discret possible (comme l'immigré ou le clandestin), de se rendre invisible (comme une femme du monde pré-libre), de se perdre dans la masse ou dans la majorité (majorité des oppresseurs du monde libre qui ignorent leur condition d'oppresseurs ou qui agissent comme s'ils l'ignoraient totalement et qui disparaissent avec fracas), sorte de retour perpétuel à l'état antérieur ou d'origine, état d'après la sauvagerie, pré-révolutionnaire, statique d'avant la réforme.

Nous agissons comme l'esclave affranchi qui espère autant qu'il redoute de croiser en chemin son ancien maître. S'il venait, oserait-il seulement paraître en homme libre, oserait-il croiser son regard ? Le regard du vieux maître est pourtant celui du vieux père de famille : bienveillant, complice... Brusquement le drôle s'empare d'un fouet flambant neuf et le tend au viel homme, arthritique et anxieux, le poignet dans le plâtre, pour qu'il lui administre de nouveau le fouet en place publique. La douleur d'un homme libre est-elle en tout point comparable à la douleur de l'opprimé ? Puis il s'en va et poursuit son chemin en rasant les murs, en homme libre, le front haut de celui qui a reçu une bonne leçon, la culotte remontée à mi-cuisses et chargée d'expériences nouvelles... C'est ainsi qu'il disparaît et que nous le regardons disparaître...

Notre deuxième réflexe est de refuser notre changement d'état et de le refuser définitivement. Si les plus anciens d'entre nous ont parfois la nostalgie de l'oppression (ils ont en réalité la nostalgie de leur jeunesse), celles et ceux de ma génération (nés avec le premier choc pétrolier du monde libre) et les plus jeunes (nés sur les décombres du mur de Berlin) ont quant à eux la nostalgie d'une époque qu'ils n'ont pas connue et qu'ils ne connaitront jamais. Ils agissent tous en oppresseurs mais avec le visage de l'opprimé. Ce réflexe là n'est rien d'autre que la tentation du fascisme dont parle Pier Paolo Pasolini, cette tentation que nous avons de vivre et de mourir dans une conscience tragique du monde. Cette tentation du fascisme est présente dans tous les partis politiques du monde libre.

Notre troisième réflexe est de nous débarrasser de l'oppresseur ancien. Ainsi nous pouvons choisir de détester Nicolas Sarkozy simplement parce qu'il est ce que nous détestons le plus en nous. Le nouvel oppresseur veut-il faire payer à celui qu'il reconnait ou qu'il croit reconnaitre comme son ancien oppresseur l'humiliation subie au moment de l'adolescence (sous la douche ou dans les vestiaires après un tournoi de football ou une compétition de natation), le souvenir d'un crime crapuleux ou antique, la continuité d'autres crimes, ceux du monde libre et du monde pré-libre dont tous deux, l'ancien et le moderne, portent désormais l'entière responsabilité.

Notre quatrième réflexe est de refuser le monde libre, c'est-à-dire la dialectique oppresseur-oppressé. Ce dernier réflexe renvoie en réalité aux trois précédents. Toute critique du monde libre se retourne en réalité contre nous-mêmes, nous condamnant à disparaître, à faire de nous des oppresseurs fascistes ou des oppresseurs irresponsables.

5- Agir

Agir (agir au niveau politique) c'est-à-dire aussi dans l'urgence (à long terme, véritablement et pour reprendre la formule du "prophète" Keynes, nous serons tous morts !), agir en nouvel oppresseur, en oppresseur récent du monde libre, qui a encore pleinement conscience de ce qu'il était et de ce qu'il est devenu et qui peut donc agir autrement que par habitude, agir pendant qu'il en est encore temps !

Agir (et non pas réagir, selon nos réflexes) :

- Permettre à un parti politique ouvertement gay et lesbien d'exister au niveau européen (cesser d'agir dans l'intéret des partis politiques traditionnels du monde libre, leur servir de "faire-valoir" pour ne pas disparaître justement)

- Lutter contre toutes les formes de discrimination et d'injustice. Lutter contre le fascisme. Faire de l'Europe un espace de liberté pour tous les opprimés. Fermer tous les centres de détention et de rétention. Régularisation de tous les sans-papiers.

- Doter l'Europe d'un véritable ministère de la culture (augmenter en France le budget de la culture à plus de 3 pour cent du PIB). Devenir des "oppresseurs éclairés".

- Créer un ministère des femmes et de la condition féminine.

- Créer un ministère transgenre.

- Légaliser le mariage homosexuel. En particulier, convaincre les démocrates chrétiens du monde libre : être contre le mariage des homosexuels signifie aussi que l'on se batte pour sa légalisation... etc... etc...

- Interdire la prostitution.

- Pour l'adhésion de la Turquie à la communauté européenne.

- Accepter le monde libre comme préalable à la modernité... etc... etc... Créer l'Europe politique.

Bruno Bisaro

 

28.01.2009

L'Appel des appels

Bruno Bisaro a signé l'Appel des appels :

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.

A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.

Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.

Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.

Nous appelons à une Coordination Nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris.»


Le 22 décembre 2008,


Roland Gori et Stefan Chedri

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