17.07.2008

Cérémonies

Cérémonies d'enterrement de nos deux sueurs


(A Bob Dylan surréaliste)


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Photographie : Daniel Kramer, 1967 ; montage : Fabrice B.



(Première strophe)

Il dort en t’attendant à l’ombre d’un clocher…

Suspendu à sa croix, c’est un souffle clignoteur,
Un soleil hésitant entre deux éclipses,
Vert et rouge, comme le drap étouffant le râle du patriarche.

Le signal :

(Contour sonore confus,
Tour à tour,
Content,
Tour à tour
Cousu sur le visage croisé
Des vieillardes marâtres : les piétonnes)



(Seconde strophe)

Il dort en t’attendant à l’ombre des matines.

Les anges ont cessé d’entonner le noir syntactique
Et le chant du fantôme laisse un soir transparent,
Un autre soir, communiste…

Le crépuscule est la voix d’un prêtre en aube austère.
Un rauque, une robe de glaires qui résonne et qui résiste,
Un rauque donc, avance courbé, sans un manche, sans un pli
Dans l’odeur des cadavres tièdes.

Collaborent aussi les catholiques venus renverser
La barbe du Duce !

Autour des yeux, clignant des grappes de valises,
La colère du peuple martèle
Un piédestal rampant, un roc reptile,
Une colonne caméléon…



(Première antistrophe)

Il dort en t’attendant à l’ombre des Belles,
Que balancent ses jambes, ses bras, ses membres ;
Elles s’accrochent, et leur beauté vieillotte écartèle,
Tel un feuillage en feu,
Les branches d’un bambou d’Automne.

Pourtant la semence est lumineuse
Et même, elle engendre un pendu qui transpire sous le glauque :
L’éternité est orange lorsque j’éjacule.

Architecte au sérail incommode expire !

(Chez nous, mille objets soyeux circulent le long des rides passagères
(En tendre cavale : pavillons luisants, nez forgés, paupières ferreuses et de cuirasse,
Tantôt texture plaisante, tantôt Chemin des Dames !

Expire ! Expire !



(Seconde antistrophe)

Il dort en t’attendant, à l’ombre,
En cabane. Le carillon annonce l’heure du souper.

Il faut que je te croque.

Les descendants du Pouvoir ont des barreaux rouillés (aux fenêtres) :
Les fentes mouillées, MOBY DICK épouses, forment des mâchoires grises,
Et son rouge est langoureux !

Il faut que je te croque. Il faut que je te croque.

Les catholiques ont mal au ventre,
Les cathos sont des scatos,
Les cathos ont la colique.

Derrière les fagots, dans leur chambre froide,
Nos invités sans âge, les poilus,
Ne veulent pas voir nos deux corps
Festoyer…

L’attente est longue et laisse pourrir aux flancs le tronc Eucharistique.

Adieu lourd sommeil latent, tendres nuits du Paradoxe,
Adieu vie et mort phagocytes,
Car cette nuit justement peut vouloir que je te croque !



Marseille, été 1999
L'intrépide bruno bisaro, poésies 1986-2003
Editions Geneviève Pastre, janvier 2005