24.11.2008
Philippe Ariño : le poète manqué

Les Enfants de stonewall-Les affinités électives - Geneviève Pastre - Bruno Bisaro
Radio Libertaire 89.4
Emission mensuelle (2ème jeudi du mois - 19h30/20h30)
Viennent de paraître aux éditions de L’harmattan, les ouvrages suivants de Philippe Ariño (que nous avions invité dans notre émission il y a quelques mois) :
Homosexualité intime
Le couple homosexuel par-delà le bien et le mal
280 pages, 27 euros
Homosexualité sociale
Le couple homosexuel par-delà le bien et le mal
206 pages, 20 euros
Dictionnaire des codes homosexuels (I) et (II)
354 pages, 32,5 euros
340 pages, 32 euros
Site de l’auteur : http://www.araigneedudesert.com
« Seconde lecture » :
Il y a dans le livre de Philippe Ariño des propos qui m’attristent profondément, aussi indigestes que ceux de l’intouchable Christian Vanneste (inutile de les reproduire ici).
Personne ne peut le contester : Ariño est un personnage hors du commun, hors du temps, passionné par son sujet. C’est également un personnage tout à fait banal, voire bancal, curieusement installé dans son époque (qui ne l’est pas ?) et terriblement contrarié.
Son livre ne lui ressemble pas. Ariño n’est pas son livre.
Sur le plan littéraire comme sur d’autres plans (intellectuel, moral, philosophique, politique), son essai en deux pavés distincts (Homosexualité intime, homosexualité sociale) ne vaut rien ou pas grand-chose. L’intérêt du livre est ailleurs, dans ce qu’il pourrait être et dans ce qu’il n’est pas : le tout pourrait reposer effectivement sur un poids plume.
Ariño peut bien répéter ce qu’il veut ou ce qu’il croit être, le répéter sans cesse et inlassablement, « sur son lit de mort », comme il veut, si ça lui chante, en disciple du Christ ou en martyr de la révolution, peu importe, son livre est un mauvais livre, inlassablement stupide, inlassablement mauvais, brouillon, sentencieux, noir comme la nuit la plus noire de l’Inquisition ou comme de la poudre aux yeux. Le « dictionnaire de l’homophobie » (qui suit l’essai en deux autres volumes), truffé d’inexactitudes, d’interprétations trompeuses, d’arguments fallacieux, de contrevérités et de contresens, devrait séduire le lecteur "averti" : immature, régressif (et répressif) et purement réactionnaire comme son auteur (ou le lecteur en première lecture d’un Machin Chose ou d’un Saint Truc).
Ariño est beau lorsqu’il parle et lorsqu’il se tait. Lorsqu’il « s’essaye », la révolution dont il rêve et qu’il semble attendre de pied ferme n’est plus qu’une vieille tringle dans la mare (aux cocottes). Son désert s’étire et s’intensifie en un millier de pages malhonnêtes, en un millier de références à qui l’on fait dire n’importe quoi et qui éclaboussent comme un pur massacre ou un suicide collectif. Certains y verront peut-être l’œuvre originale d’un penseur de droite qui rêverait de se voir prophète sur l’autre rive. Passons…
L’araignée tisse sa toile comme un poète qui s’ignore ou un intégriste. Depuis la nuit des temps, l’araignée opère ainsi. Prisonnière d’elle-même, elle s’étouffe elle-même. Avec ou sans pourvoi en cassation. Un jour viendra peut-être et elle se rêvera papillon. Un jour, c’est certain…
Philippe Ariño est un poète manqué et il manque ici de nous ouvrir les yeux.
Bruno Bisaro
12:25 Publié dans Radio Libertaire 89.4 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note