18.10.2011

La Remontrance au peuple de France Attention dernière le 3 décembre

Pierre de Ronsard. Adaptation, mise en scène et interprétation : Bruno Bisaro

Samedi 3 décembre, 19 h, théâtre la Reine Blanche, Paris, 75018, 2 bis passage Ruelle

 

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Je suis tombé par hasard sur Ronsard et sur son poème extrait des Discours des misères de ce temps. Et pour être exact, je dirais qu’il m’est tombé dessus, au sens premier du terme, depuis le sommet de l’étagère supérieure de ma bibliothèque. Je ne sais pas pourquoi pareil livre s’y trouvait. Je ne me souviens pas l’avoir acheté. J’aurais trouvé curieux qu’on me l’offrît.

Le soir même, j’étais invité à dîner chez un ami en tête à tête. Cet ami avait invité sa petite amie de l’époque mais celle-ci avait décommandé au dernier moment. Alors je me retrouve chez cet ami qui avait préparé son repas gastronomique, sur sa terrasse panoramique, surplombant un entrepôt atomique désaffecté jouxtant une station essence de la banlieue froide de Marseille. Dîner aux chandelles. En entrée : clémentines, crevettes, plantes et arômes…

Je ne sais pas à quel moment je lui parle de ma découverte monumentale, de ce monument qui venait de me tomber sur la tête. Je dis à mon ami qu’en lisant La Remontrance, en la parcourant, je venais de lire, de parcourir notre futur proche et notre futur antérieur. Je venais de ressentir que le monde d’hier (et en 1998, c’était bien évidemment le monde d’hier), je venais de ressentir que ce monde-là était en train de disparaître.

Le monde d’hier disparaitrait en définitive deux ans plus tard avec le 11 septembre 2001 et tout ce qui allait suivre. Les hommes prendraient toute la mesure de sa disparition (et de l’avènement d’un monde nouveau venu de fait se substituer à l’ancien) que très récemment, au moment du printemps arabe.

Aujourd’hui comme à l’époque, c’est le pouvoir mythologique de ce poème qui me conduit à en faire quelque chose de théâtral. Pouvoir mythologique infini qui renvoie à une infinité de mythes et de brûlures mythologiques. L’important serait de se laisser raviver par ces brûlures et par ces mythes et ce qui peut paraître paradoxal, il s’agirait aussi en tant qu’interprète de ne pas céder à la tentation de les interpréter.

Un mythe ne s’interprète pas. Il appartient toujours à la structure d’un mythe préexistant, indéchiffrable et qui le précède dans le temps et dans la réalité préhistorique et imparfaite de l’inconscient.

En poésie et même ici, à la Reine Blanche, dans un théâtre conventionnel c’est-à-dire aussi révolutionnaire, il n’y a pas de réalité historique. La légende a la même valeur que l’histoire. La violence, ce n’est pas seulement la guerre. Ce n’est pas seulement la paix. Ce n’est pas la religion. Ce n’est pas l’argent. Ce n’est pas la politique.

La violence, ce sont les mots eux-mêmes, les mots et leurs silences, les mots décrivant cette réalité-là et d’autres réalités, dans un occident qui reste encore un occident de l’écrit et qui, de Jésus-Christ à Nostradamus, de la découverte à la perte des Amériques n’a jamais cessé de se penser comme tel, à savoir dominé par l’écrit et par la pensée positiviste.